Le Brésil hors des sentiers battus : L’art contemporain à ciel ouvert

 
Ecrit par Christian Gizon

Loin des plages et de ses strings, du samba et du carnaval, de la Bossa Nova et des  bars à Forro, ne manquez pas le détour par Inhotim, immense musée d’Art moderne  en pleine nature.

A 60 km au sud de Belo Horizonte, existe un lieu hors du commun, peut-être unique au monde : un musée d’Art Moderne à ciel ouvert, 100 hectares d’une végétation  luxuriante,  alternant composition végétale et nature sauvage.

Au détour d’un chemin, derrière un bouquet d’arbres, apparaissent soudain, comme surgies du néant, 24 œuvres surprenantes, gigantesques parfois, ou simplement étonnantes d’originalité. Il est  par exemple impossible de ne pas s’attarder devant cette œuvre de Giuseppe Penone, immense chêne en bronze supporté par de vrais arbres plantés en pleine terre, symbole d’une nature sans cesse martyrisée. Et que dire des « panneaux » d’Hélio Oiticica, œuvre qui n’a pu être réalisée qu’après sa mort, par manque de moyens et de place. Emouvant jeu de couleurs, d’ombre et de lumière (à voir à la tombée du jour).

Se succèdent également 24 pavillons dans lesquels sont regroupés d’autres œuvres, déroutantes, absurdes parfois (à mes yeux), magnifiques, originales. Je me suis noyé dans le déluge de rouge de la chambre de Cildo Meireles, (Desvio para o vermelho). J’ai perçu des sons d’une incroyable pureté avec Janet Cardiff, qui a enregistré individuellement toutes les voix du chœur de la cathédrale de Salisbury. Dans une rotonde de 40 haut-parleurs,  on peut, en approchant son oreille de chacun d’eux, entendre la voix d’un seul choriste tout en écoutant l’ensemble des chants, imposants, majestueux.

Je vous recommande tout spécialement deux pavillons, incontournables. Je ne vous en révèlerai pas le contenu, car l’effet de surprise doit demeurer. Le pavillon « P », une idée de Doug Aitken, qu’il n’aurait pu réaliser sans l’existence d’Inhotim. On y accède par une marche d’approche, un peu longue (2km), le long d’un chemin de terre qui débouche sur une clairière dans laquelle s’impose à vos yeux  un étrange bâtiment futuriste. Entrez-y, et …. recueillez-vous. En repartant, sur la droite vous vous enfoncerez pour quelques mètres dans la forêt. Une étonnante bâtisse de verre, le pavillon « O », vous attend. Entrez, et …. étonnez-vous.

Le musée est conçu comme un parcours, une sorte de jeu de piste, fort agréable, que l’on peut suivre à son rythme. Il y a tout au long de ce chemin de plaisir, moyen de se restaurer. Une visite sans flâner, mais avec l’ambition de tout voir, prend au moins 6h. Des petites navettes électriques, sont à la disposition (moyennant 10R$) des personnes à mobilité réduite.

Ce lieu hors du commun, est l’œuvre d’un seul homme, Bernardo Paz, industriel minier, qui a consacré une partie de sa fortune à ce projet. Il y vit, on le croise parfois dans une des voiturettes, longs cheveux argentés au vent. Son engagement dépasse le cadre  du musée,  dont, toute la région de Brumadinho, la commune voisine,  bénéficie.

Tout d’abord, parce que le nombreux personnel qui  travaille à Inhotim, près de 600 personnes, est constitué à 90 % d’habitants de la région, souvent des jeunes. Une centaine  d’entre eux ont été formés pour accompagner les visiteurs, les renseigner, animer le lieu. Ensuite, de nombreux projets ont été développés dans la ville et la région pour valoriser le patrimoine culturel : une école de musique, mais aussi un appui aux associations comme « Histoire et chemins de Brumadinho » qui conservent et transmettent les traditions orales et les danses locales.

Enfin, fort de son expérience, Inhotim transfère, par des ateliers de formation et séminaires, son savoir-faire en matière de pilotage des ONG, de recherche de ressources, dans un souci d’engagement citoyen.
Vous l’aurez compris, j’ai été séduit par ce lieu, cette atmosphère qui vous imprègne dès les premiers pas dans les allées impeccablement entretenues, et par ses œuvres qui ne laissent pas indifférents. Voyageur, si tu vas au Brésil, prévoit un détour par Inhotim.

Pour aller plus loin :

http://www.inhotim.org.br/


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