Au gré de vos pérégrinations hexagonales, peut-être avez-vous été surpris de trouver un monument à la gloire des soldats tombés durant la guerre franco-prussienne de 1870. Certes, contrairement aux monuments des deux guerres mondiales, on ne les trouve pas partout , il en existe tout au plus une centaine sur tout le territoire national. Mais ces « marqueurs mémoriels » nous relient directement au Mémorial Alsace Moselle, qui traite de l’histoire régionale marquée par l’annexion suite à la défaite des troupes de Napoléon III face à Bismarck.

A flanc de coteau, surplombant la vallée de la Bruche, son emplacement à Schirmeck, face au camp de concentration du Struthof, ne doit rien au hasard.

L’Alsace Moselle, voisine immédiate de l’Allemagne de part sa situation géographique, a connu de grandes souffrances. Certes, ce fut le lieu commun de bien des régions frontalières et il ne s’agit de hiérarchiser les souffrances endurées par les populations. Mais par l’exceptionnelle durée du contentieux franco-prussien à ses débuts et franco-allemand par la suite impacta de manière implacable cette région.

Telle semble être l’ambition du Mémorial Alsace Moselle : raconter avec le maximum d’objectivité cette période qui s’étend de la guerre de 1970 à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais aussi, bien que ne soit pas l’objectif avoué, réhabiliter la mémoire des « Malgré-nous » les hommes incorporés de force dans la Wermacht (l’armée allemande).


Une muséographie vivante et réussie

Ce qui frappe dès l’entrée dans le musée, c’est l’hyper réalisme des décors et l’importante iconographie, fruits on l’imagine de longues recherches et d’importants collectages… D’emblée, le visiteur est littéralement « saisi », happé par les lieux. Il participe volontiers à cette déambulation historique, où tour à tour selon sa sensibilité propre, on peut passer par des sentiments contradictoires de colère, de peur , de peine, de révolte et aussi d’espoir.

Au gré des différents espaces, suivant une progression strictement chronologique, on s’imprègne de l’atmosphère régnant durant l’évacuation de 1939 et les expulsions de 1940. On découvre le quotidien d’un fort de la ligne Maginot, on saisit l’implacable oppression de la germanisation, et le drame de l’incorporation forcée. On apprend comment s’organisait la résistance aux nazis et l’on vibre aux grandes heures de la libération.

La visite s’achève sur une note optimiste symbolisée par les différentes étapes de la construction européenne.       

 

Si parfois de notre récit national ont pu naître des malentendus voire de la suspicion envers les Asaciens et les Mosellans durant ces périodes troubles, le Mémorial, par la clarté et la teneur de son propos, lève toute ambiguïté sur les différents protagonistes de ses sombres pages de notre histoire. Ce n’est pas là le moindre de ses mérites.

A l’heure où se sont achevées les commémorations du centenaire de l’armistice mettant fin aux combats de la Première Guerre mondiale et où disparaissent peu à peu les derniers témoins de la seconde, conserver la mémoire des conflits passés n’en devient que plus vital.

 

Pour aller plus loin :
www.memoriel-alsace-moselle.com
www.malgre-nous.eu

 

Les lieux de mémoire selon Pierre Nora :
« Les lieux de mémoire, ce sont d’abord des restes. La forme extrême où subsiste une conscience commémorative dans une histoire qui l’appelle, parce qu’elle l’ignore. (…) Musées, archives, cimetières et collections, fêtes, anniversaires, traités, procès-verbaux, monuments, sanctuaires, associations, ce sont les buttes témoins d’un autre âge, des illusions d’éternité. (…)»
Il dit aussi « un lieu de mémoire dans tous les sens du mot va de l’objet le plus matériel et concret, éventuellement géographiquement situé, à l’objet le plus abstrait et intellectuellement construit ». Il peut donc s’agir d’un monument, d’un personnage important, d’un musée, des archives, tout autant que d’un symbole, d’une devise, d’un événement ou d’une institution.