Un peu d’histoire… Le 26 février 1815, Napoléon empereur déchu s’enfuit de l’île d’Elbe, alors territoire français depuis 1802, dont il est le souverain. Il n’a qu’une seule idée en tête : reprendre le pouvoir, dont il a été écarté suite à son abdication forcée d’avril 1814. Commence alors une nouvelle épopée dont le grand homme est coutumier. Son but ultime rejoindre Paris, ce qu’il exprime avec lyrisme : « l’aigle volera de clocher en clocher jusqu’à Notre Dame ». Conseillé par ses informateurs, il décide de ne pas suivre la vallée du Rhône – pourtant le chemin le plus court pour gagner la capitale, mais région supposée loyale au Roi Louis XVIII. Il choisit donc de traverser les Alpes, itinéraire autrement plus périlleux.

L’empereur ne se doutait point que ce périple donnerait lieu, plus de cent ans après, en 1932 très exactement, à l’avènement de la première route touristique hexagonale. Encore un legs certes involontaire mais bien réel que l’on peut mettre à son crédit.

A la tête d’une mini armada, c’est à Golfe Juan que Bonaparte foule à nouveau le sol national, point de départ de la Route Napoléon. Longue de 314 kilomètres, elle se termine à Grenoble après avoir effleuré la Provence et longuement parcouru les Alpes et le Dauphiné. Alternative à la descente du sillon Rhône-alpin, chemin le plus court pour rejoindre Nice depuis la capitale du Dauphiné, elle portait le nom de Route des Alpes d’hiver, avant d’être rebaptisée. Par commodité, l’itinéraire prend tout de même quelques libertés avec celui emprunté par l’empereur et ses troupes, en particulier dans le département des Alpes de Haute Provence.


L’aventurier se fait prince

Sur un plan purement historique, c’est la partie iséroise de la route qui offre le plus d’intérêt. En effet, c’est à Laffrey que les soldats se heurtent à une première véritable opposition. Ils font longuement face aux troupes royalistes, dans un lieu que l’on nommera « la Plaine de la rencontre » : un cadre magnifique en surplomb du lac éponyme, immortalisé par une statue équestre de l’empereur.

C’est en ce lieu devenu hautement symbolique que l’aventure pouvait subitement prendre fin. Mais c’était sans compter sur l’habilité de ce chef de guerre qui sût avec des mots simples rallier les soldats du roi. Et cela sans qu’aucun coup de fusil ne soit tiré, ce dont l’empereur se glorifiera. L’armée royale gagnée à leur cause, les troupes napoléoniennes atteignent peu après Grenoble, où la ville vite assiégée finit par tomber et c’est porté par une foule enthousiaste que Bonaparte pénètre dans la cité.

En rédigeant ses mémoires dans son ultime exil, sur l’île de Saint Hélène, l’empereur soulignera l’importance cruciale de Grenoble dans sa marche triomphale vers Paris : « Jusqu’à Grenoble j’étais aventurier, à Grenoble j’étais prince. » Du reste les liens entre Napoléon et Grenoble ne manquent pas : Stendhal, le plus célèbre de ses enfants, n’a-t-il pas servi l’empereur durant la campagne de Russie ? Son œuvre reste aussi marquée par la figure tutélaire de Bonaparte, dont il narre le retour de l’île d’Elbe dans Mémoires d’un touriste et de façon plus explicite dans La Vie de Napoléon.

Pour revivre ces hauts faits d’armes comme si vous y étiez, des reconstitutions historiques se déroulent tout au long de ce bicentenaire grâce à la participation des incontournables « reconstitueurs » en habits d’époque. Ce sont des inconditionnels d’histoire napoléonienne qui souhaitent ainsi partager leur passion dévorante. (Songez simplement que cinq mille d’entre eux sont attendus à Waterloo l’été prochain !)

Au Panthéon des personnalités les plus connues au monde, suscitant autant d’attirance  que de répulsion, le personnage ne laisse guère indifférent. Ainsi, flâner le long de la route Napoléon au gré des différents lieux et sites, c’est à coup sûr revisiter un pan de notre histoire nationale.

Pour aller plus loin :
www.isere-tourisme.com
www.grenoble-tourisme.com
www.route.napoleon.com
www.souvenirnapoleonien.org