Ecrit par Didier Vors

Il est possible de rejoindre l’extrême-ouest de l’Angleterre depuis la capitale des Gaules en train, moyennant une bonne journée de voyage. Mais c’est bien connu : quand on aime (le train) on ne compte pas ! En empruntant trois trains différents et un transfert en bus londonien, en moins de douze heures, le tour est joué.

Il est 8 heures quand nous quittons la gare lyonnaise de la Part Dieu à bord du premier T.G.V du matin en direction de Lille Europe. Après de courts arrêts en banlieue parisienne à l’aéroport Charles de Gaulle et Marne La Vallée (paradis des enfants avec le parc Eurodisney) et en gare de T.G.V. Haute Picardie, nous arrivons 3 heures plus tard dans la grande métropole du nord de la France. Spécialement conçue pour l’accueil des trains Eurostar, cette nouvelle gare a ouvert en 1994. L’avènement de ce nouveau bâtiment ayant entraîné un changement de dénomination de la gare « historique » de la ville désormais appelée Lille Flandre (qui reste la principale) pour la distinguer de Lille Europe.


Euro star : l’étoile des mers !

A peine descendus du T .G.V, nous nous dirigeons vers la zone d’embarquement de l’Eurostar (qui ressemble à s’y méprendre à celle d’un aéroport avec des vérifications de bagages assez poussées) pour un passage aux douanes françaises et anglaises : Il est 11h30 quand nous quittons la gare de Lille Europe à bord de compartiments de seconde classe, où l’espace entre les sièges semble compté ! Après avoir brièvement roulé dans le nord, l’Eurostar rejoint rapidement le terminal de Coquelles où commence un voyage sous terre et surtout sous mer d’une durée de 50 kilomètres. Avec 36 km sous la Manche, il reste à ce jour le plus long tunnel sous- marin au monde et constitue selon les spécialistes l’œuvre majeure de génie civil des cent dernières années.

Nous retrouvons la terre ferme ! – si, l’on ose dire – au moment où le train pénètre en Angleterre, au terminal de Folkstone. Et l’on se dit, à ce moment-là du voyage, que la Grande Bretagne n’est plus tout à fait une île. Même si, avec le vote favorable au Brexit (sortie de l’Union Européenne) elle retrouve des velléités d’isolement, voire d’isolationnisme.

Ces considérations géopolitiques mises à part, l’Eurostar marque deux brefs arrêts dans les nouvelles gares de Ebbsfleet et Ashford (dans le Kent) avant l’arrivée en gare  terminale de Saint Pancrass. Magie du décalage horaire il est 11h37 (heure locale) quand nous foulons le sol de la perfide Albion. Construite au XIX siècle sous l’ère victorienne, donnant  son nom au quartier éponyme, cette gare constitue avec ses immenses halls un exemple extraordinaire de structure à portée unique. A noter que jusqu’en 2007 les trains arrivaient en gare de Waterloo, une destination finale quelque peu humiliante pour des français !

Reste alors à rejoindre, en bus à impériale N° 205, la gare de Paddigton, d’où part le train inter-cité pour Penzance, terme de notre périple ferroviaire. Ce court transfert nous plonge immédiatement dans l’ambiance de la capitale avec ses bus rouges, ses nombreux taxis, ses squares à nuls autres pareils et cette vie trépidante si caractéristique de cette mégapole. Desservant l’ouest du pays, et le sud du Pays de Galles, Paddington est l’une des gares les plus importantes du réseau ferroviaire britannique, qui – est- il besoin de le rappeler – est le plus ancien du monde.

Eloge de la lenteur ferroviaire

Après une courte heure d’attente, il est 14h quand nous montons dans des wagons de la Great Western Railway  ou First Great Western. Une compagnie créée en 1883 qui était et reste encore une référence en Grande Bretagne. Elle fût nationalisée comme tout le réseau ferroviaire britannique en 1948 (création de British rail) avant d’être à privatisée en 1994.

Oubliée, dès lors, la  grande vitesse : c’est à un train de sénateur que se poursuit notre périple franco-britannique. Oublié aussi le calme un peu policé des précédentes étapes. Le compartiment s’anime, les va et vient vers la voiture bar s’enchaînent et les effluves de « becon and eggs » chatouillent nos narines. Ce  train est  à ranger, pour notre plus grand plaisir, dans la catégorie de ceux où l’on peut encore ouvrir la fenêtre donnant sur la plateforme et ainsi humer l’air frais.

Le train marque un permier arrêt en gare de Reading (sorte de Sillicon Valley  britannique). Passé cette agglomération industrieuse, le parcours se fait plus bucolique le long de la belle campagne anglaise.

Avec l’entrée dans le comté du Devon, connu comme la « Riviera anglaise », la ligne devient franchement maritime. Plymouth, capitale du comté constitue un important nœud ferroviaire avec ses trains en partance pour le nord du pays (Ecosse et Pays de Galles). Le franchissement du magnifique pont métallique entre Plymouth et Saltach marque l’entrée en Cornouailles.

C’est alors une succession de petites stations qui offrent le même aspect de constructions en bois plus ou moins entretenues. Souvent très animées avec leurs petits buffets de gares, elles affichent en dessous de leur nom celui des villes et villages en correspondance. Des renseignements qui peuvent s’avérer forts utiles pour les voyageurs découvrant la ligne pour la première fois. Ces ramifications permettent une découverte en profondeur d’une grande partie de la Cornouailles et un accès au  sentier côtier (coastal footpath).

Il est 19 heures quand notre inter-cité arrive à Penzance, terminus de notre périple ferroviaire. Avec cette gare aux airs de bout du monde, que Londres semble loin désormais !