De temps en temps ça craque, ça se bouscule, mais ce Babel contemporain donne à Bruxelles son caractère spécifique

Les statues de Bruxelles pissent, le chien pissant, la fille pissante et le garçon pissant se côtoient. Mais le garçon pissant, Manneke Pis, attire des centaines de visiteurs par jour, la fille pissante se trouve dans un coin perdu, le chien pissant n’est vu par personne.

Malgré cet oubli, ce chien est le symbole du Bruxelles contemporain, le « zinneke », le vagabond, (stratier, straat = rue en néerlandais), le bâtard. Nonchalant, anarchique, entêté, débrouillard, avec des racines partout et nulle part, un chien qui renifle la vie.

Dix années passées, une bande de citoyens enthousiastes  lançaient un nouveau projet artistique et social, la Zinneke Parade. Tous les deux ans, des centaines de volontaires affluent de tous les coins de la ville vers le vieux centre et se perdent dans une énorme parade, avec des sons et des couleurs venus de partout.

Des jeunes de quartiers défavorisés, avec des noms rappelant souvent des régions lointaines,  soufflent la vie dans les rues. Et des mouvements de jeunes et des comités de quartiers plus branchés dansent en plein air. L’imagination est au pouvoir pour quelques heures et des centaines de milliers jubilent sur les trottoirs.

Même les jours sans parade, Bruxelles est une ville colorée et sale, où environ 180 nationalités se sont installées. De temps en temps ça craque, ça se bouscule, mais ce Babel contemporain donne à Bruxelles aussi son caractère spécifique, comme démontré pendant les dernières élections communales, en octobre 2012.

Pendant qu’un parti nationaliste flamand séduisait beaucoup d’électeurs en Flandre, des Bruxellois de langues maternelles très différentes se retrouvaient sur une seule liste politique. Les verts, les libéraux, les chrétiens, les socialistes…. tous avaient des candidats nés à Ostende ou à Liège, à Kinshasa ou à Tanger, à Emirdag en Turquie ou à Madrid.

Selon la version officielle, Bruxelles est une ville bilingue, où toutes les rues ont deux noms – un néerlandophone et un francophone – et où tous les citoyens ont le droit d’être servis dans ces deux langues aux guichets communaux.

En réalité, Bruxelles est une ville multilingue, où les trams résonnent de conversations mobiles babéliques. Et toutes ces langues jouent du théâtre, font de la musique, organisent des expositions, cuisinent des plats fantastiques, vendent des marchandises du pays des ancêtres  et honorent des dieux multiformes.

Bruxelles pétille… et parfois les bulles se cognent.